Pour vraiment pénétrer l’univers musical de Mozart, il est nécessaire de parler de son adhésion à la franc-maçonnerie, le 14 décembre 1884, à l’âge de 28 ans.
Histoire
Apparue en Angleterre et en Ecosse au 15e siècle, la franc-maçonnerie est constituée par de nombreuses sociétés secrètes à vocation philanthropique et initiatique, nourries de symboles et de rites tirés de l’antiquité égyptienne. Elle prend la suite des corporations de métiers, dont les associations de bâtisseurs, qui avaient pour vocation la défense de la profession, de leurs membres et de leurs protecteurs. Pour polir sa “pierre brute”, l’initié doit agir en homme loyal, d’honneur et de probité. Il doit pratiquer la tolérance, faire le choix de la paix, respecter la Nation et l’ordre social…
Au 18e siècle, une frange influente de la maçonnerie est gagnée aux idées des philosophes des Lumières, qui critiquent les restes de féodalité, d’absolutisme et d’obscurantisme religieux qui font obstacle au progrès permis par l’intelligence. Théiste (dieu comme grand horloger), tolérante, libérale, humaniste, elle connaît un succès foudroyant dans toute l’Europe, où l’on compte des milliers de loges, à la veille de la Révolution française regroupant les élites civiles, militaires et même religieuses. Sans avoir fomenté la Révolution, les loges contribuent à la diffusion des idées des Lumières dans des lieux stratégiques.
Depuis plusieurs années, Mozart est un adepte des aspirations du “Sturm und Drang” et des idéaux de l’”Aufklärung” (Lumières), même s’il ne s’intéresse pas à la révolution française, ne fait pas de politique et déteste la violence. Il manifeste sa sympathie pour l’esprit de l’Illuminisme, “progressiste, antimystique, irréligieux, rationaliste, socialement et politiquement prérévolutionnaire”, selon Brigitte Massin, ce qui correspond aux aspirations de sa maturité. Au début des années 1780, au seuil de la modernité, et alors qu’il est de bon ton d’appartenir à une loge dans l’Empire de Joseph II, Mozart trouve, dans les dogmes maçonniques, un milieu culturel, philosophique et fraternel qui lui correspond parfaitement.
Rencontres
Mais même avant même d’être initié, et parfois sans le savoir, Mozart rencontre, très jeune, plusieurs francs-maçons, lors de ses nombreux voyages à travers l’Europe. Agé de douze ans, il écrit la musique de “Bastien et Bastienne” pour le fameux docteur Mesmer, franc-maçon, auteur de la théorie du magnétisme. En 1773, à dix-huit ans, c’est pour le baron von Gebler, franc-maçon, qu’il écrit la musique de “Thamos, roi d’Egypte”, une oeuvre considérée comme l’ancêtre de “La Flûte enchantée”. Et en 1778, c’est grâce à Otto von Gemmingen, qui dirige la loge “La Bienfaisance”, que Mozart peut rencontrer le compositeur franc-maçon XXX Le Gros et ses amis, en 1778, lors de son deuxième voyage à Paris.
Initiation
Mozart franchit le pas le 14 décembre 1784. Il est initié à la franc-maçonnerie à la loge “La Bienfaisance”, qu’il quitte en 1785 pour celle de “l’Espérance couronnée”. Il a vingt-huit ans et cette initiation est déterminante pour les sept ans qui lui restent à vivre. Cette initiation le marque si profondément qu’elle le pousse à initier son propre père Léopold et Joseph Haydn, au premier trimestre 1785.
Dates marquantes
Trois dates sont marquantes pour l’œuvre maçonnique de Mozart : 1785, 1788 et 1791, année de sa mort.
1785. En janvier, Mozart écrit le quatuor en ut majeur, dit quatuor des Dissonances, qu’il offre à son ami Joseph Haydn pour être entré en maçonnerie. La première partie de l’oeuvre est pleine de fausses notes, qui évoquent l’état de la pierre brute. La pièce se poursuit par une écriture normale, puis par un magnifique accord en do majeur, qui donne le ton de la clarté et de la lumière. En avril, Mozart compose pour ses frères maçons “La Joie maçonnique”, et, trois mois plus tard, “La Musique funèbre maçonnique”, à l’occasion de la mort de deux frères. Citons aussi le 22e concerto en mi bémol majeur, qui comporte trois bémols à la clé, qu’on peut comprendre comme étant les trois points maçonniques…
1788. Cette année-là, Mozart traverse une grave crise matérielle et morale. Sa femme est très malade, sa fillette meurt le 26 juin. C’est une année difficile au plan musical aussi, puisque son admirable “Don Giovanni” reçoit un accueil mitigé de la part du public viennois et que les chefs-d’oeuvre qu’il compose ne lui rapportent presque rien. Mozart demande l’aide à un “frère”, le négociant en tissus Puchberg, qui le soutient matériellement et l’entoure de son affection. En avril, Mozart compose l’adagio en fa dièse mineur, suivi par la composition, en deux mois et demi, de ses trois dernières symphonies. C’est un triptyque à la gloire de la franc-maçonnerie, la dernière symphonie, en ut majeur, décrivant la résurrection de l’homme qui se tourne vers la lumière. Et fin septembre, il offre à son frère maçon une magnifique oeuvre maçonnique, le sublime trio Puchberg.
1791. Au cours des six derniers mois de sa vie, Mozart se livre à une intense création maçonnique, dont celle de “la Flûte enchantée”. En mars, L’idée de la “Flûte” lui est donnée par Emmanuel Schikaneder, un “frère” qui dirige le Theater auf der Wieden, qui lui apporte un livret qui l’enchante. Le sujet de l’opéra, emprunté aux “Contes orientaux” de Wieland, n’est pas très original et son ami franc-maçon le remanie en y introduisant rites, idéaux et symboles d’inspiration maçonnique. Mozart se met au travail et la première a lieu dans ce théâtre, le 30 septembre 1791, sous la direction de Mozart lui-même. Heureusement, le succès est au rendez-vous. Cet opéra maçonnique par excellence décrit un parcours initiatique vers la révélation, comme l’ont reconnu l’éminent musicologue Jacques Hailley et le spécialiste de la dimension maçonnique de Mozart, Jacques Henry.
Avant de quitter ce monde, Mozart donne à la franc-maçonnerie une dernière preuve de sa fidélité, en trouvant la force de créer, pour l’inauguration d’un nouveau temple, la cantate “Das Lob der Freudschaft” (L’Eloge de l’amitié), ce sentiment que le musicien a tant recherché et trop rarement trouvé.
Le mystère de la mort de Mozart ?
La mort de Mozart, ce si jeune et si brillant génie, a toujours paru d’une injustice extrême à tous ses admirateurs et certains d’entre eux ne peuvent se résoudre à admettre qu’il est mort de maladie. Selon l’écrivain Christian Jacq, plusieurs pistes méritent d’être creusées.
Tout d’abord, celle de la franc-maçonnerie, car un membre des “Illuminés de Bavière”, une branche rivale, a menacé d’empoisonner ses adversaires, dont Mozart, pour avoir dévoilé les mystères de la franc-maçonnerie dans “La Flûte enchantée”. Ensuite, la piste de l’Eglise autrichienne, un adversaire farouche des francs-maçons, dont Mozart est le plus éminent représentant, et auquel l’archevêque de Vienne a refusé l’extrême onction. Finalement, l’auteur pense que sa mort peut aussi être un crime d’Etat. En effet, au moment où Léopold II monte sur le trône d’Autriche, en 1790, l’empereur se trouve confronté à la Révolution française qui menace les trônes d’Europe. Pour lui, cette révolution a été inspirée par les francs-maçons. Des pamphlets violents accablent les “frères”, les loges de Vienne sont espionnées, les maçons fichés, une répression sévère les poursuit. Or, Mozart, désigné comme le maître spirituel de la franc-maçonnerie viennoise, a, selon Christian Jacq, “signé son arrêt de mort” avec la “Flûte enchantée”… Autre piste suggérée par cet auteur, sa propre loge, qui n’aurait pas apprécié que Mozart veuille créer un nouvel ordre, “la Grotte”, dévolue aux mythes égyptiens et à l’égalité entre les femmes et les hommes, “La Flûte enchantée” étant en quelque sorte le manifeste qui annonçait la fondation de cette loge…
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Dans l’interview ci-après, Jacques Henry, directeur du festival “Saoû chante Mozart”, dans la Drôme, et auteur du livre “Mozart, frère maçon”, explique qu’il est lui-même devenu franc-maçon pour mieux appréhender les oeuvres du grand compositeur, en repérer les symboles maçonniques de l’intérieur et la symbolique centrale, celle qui conduit les hommes du chaos à la forme, de l’ombre à la lumière. Comme il l’affirme dans cette interview, “Mozart a été mon parrain.”